Les dossiers pédagogiques ont été préparés par l’équipe du festival Traces de Vies. Vous pouvez les télécharger ici :

Traversées • Antoine Danis

Sur la glace de la patinoire, en continuel mouvement, les corps virevoltent et tourbillonnent… chutent. Chacun son style. La balustrade arrive en avalanche pour la petite fille en déséquilibre ou devient piste circulaire pour les jeunes cascadeurs habiles et téméraires. Appliqués, concentrés les plus âgés recherchent leurs sensations d’enfants. Une jeune femme s’enroule en toupie et le crissement de ses patins sur la glace se transforme en bourdonnement musical. Une chorégraphie de la glisse.

 

Quand tout est possible • Christine Chevarie-Lessard

« Faut pas lâcher; il faut avoir des mauvaises journées pour avoir des bonnes journées ». Les dernières paroles du film traduisent la volonté farouche de la jeune gymnaste pour maîtriser son corps d’enfant. Reprendre sans arrêt les mêmes gestes, tomber de la poutre, mal se réceptionner sur le tapis mais garder, face à la rigueur, à l’exigence et aux contraintes des entraînements, son sourire. Masquer aussi quelquefois, sous une grimace, la douleur de la chute. Et puis finalement, après tant de répétitions, s’enrouler autour des barres, puis s’envoler et planer au ralenti, sans effort apparent, tout en souplesse. A treize ans, pour Brianna, l’objectif est clair : participer aux jeux olympiques de 2016.

 

Nés derrière les pierres • Carina Freire

À vingt ans, José et Teresa quittent le Portugal pour la Suisse. À la clé, un foyer heureux et une vie modeste de travailleurs immigrés, à l’ombre des richesses des autres. Aujourd’hui, leur fille – la réalisatrice – fréquente un jeune Helvète de bonne famille… La rencontre entre deux mondes que tout sépare, racontée avec humour et brio sous forme de roman-photo. Un regard doux-amer sur l’intégration.

 

Le costume en partage • Mathias Desmarres

L’apparence dicte sa loi dans la recherche d’emploi : costume, cravate, et souliers bien cirés sont indispensables pour se présenter devant le recruteur, sinon la démarche est d’avance vouée à l’échec. Près du port du Havre, là où elle voit passer les cheminées des gros navires au-dessus des toits, Brigitte la couturière tient une boutique de location de costumes à la journée. Elle propose des tarifs très bas pour les demandeurs d’emploi qui veulent avoir une bonne présentation à leurs entretiens d’embauche. Le soir venu, le costume rapporté à la boutique est nettoyé et rangé sur un porte-manteau en attendant le prochain client. Comment trouver un emploi quand on n’a pas les moyens de s’acheter un costume, ou un aspect de la lutte quotidienne, banale et triviale contre le cercle vicieux du chômage en période de crise.

 

Kinder • Bettina Büttner

Marvin, dix ans, est placé dans un foyer en Allemagne. La réalisatrice prend le parti de se mettre à sa hauteur et à celle des autres enfants, en saisissant leur quotidien où s’entremêlent la vie tumultueuse du groupe et des instants de grande solitude. Les éducateurs les encadrent mais leur laissent également des espaces de liberté, en dehors de leur regard. Leurs jeux, déployés au cours de multiples séquences, sont présentés comme le réceptacle de la vie intime de chacun, laissant apparaître les troubles qui les habitent. Tommy montre, avec délectation, sa fascination pour les armes de guerre, Marvin provoque sa sœur… Puis la réalisatrice suit Marvin qui retourne vivre avec sa sœur chez leur mère. Chacun tente de retrouver une place en se débattant avec, en toile de fond, un drame familial passé. Un regard singulier sur cette enfance « en danger » qui ne se veut ni complaisant, ni explicatif, relevant des traces de traumatisme, tout en laissant la subjectivité des enfants s’exprimer librement. Le traitement noir et blanc des images nous introduit bien dans l’univers mental des enfants.

 

Eau salée • Nelly Girardeau

Tout d’abord le bruit des vagues, puis l’océan gris-bleu, parcouru de menues ondulations sous le ciel rosé. Le voyage nous emmène au lycée maritime de La Rochelle où des adolescents apprennent le métier de marin-pêcheur. Penchés sur les cartes maritimes, ils apprennent à donner avec précision leur position en mer et à réagir en cas de mauvais temps. Les tâches sont rudes : faire des nœuds pour un amarrage solide, réparer les filets, tresser un cordage métallique à mains nues. La caméra se pose sur les visages encore enfantins, sur les mines concentrées, les doigts malhabiles. Mais tous poursuivent, avec l’espoir et la lucidité. Ils savent parler de leur première sortie en mer, de leurs expériences de pêche, de leurs amours ; ils plaisantent ; ils rient. L’océan s’impose, toujours beau, cri des mouettes et voilier à l’horizon : « Face à la mer immense, ils vont grandir».

 

Spectacle • Jérémie Sein

Dès la première image, aucune échappatoire pour le spectateur : clôture du ring, projection violente au sol, cri, bruit de la chute, regard apeuré d’une fille. Ce n’est pas le spectacle annoncé par le titre, seulement des cours de catch dispensés à des jeunes adultes. Ils sont une dizaine, dont quatre filles, à venir s’entraîner dans un lieu marqué par le temps, et pas encore rénové. Ordres répétés, exigences physiques, rudesse des propos de l’entraîneur. Mais attention à chacun, encouragements, aide aux plus fragiles. Le professeur à l’allure martiale se révèle humain, proche de ses disciples. Il a su créer une équipe car chacun peut et doit compter sur les autres sous peine de se faire mal. L’envol depuis la troisième corde et l’atterrissage dans les bras de tous se lit comme une victoire sur soi, avec les autres. Alors, un spectacle le catch ? Celui des « vrais » matches montrés en vidéo ? Ou celui de la vie ?

 

La bonne éducation • Gu Yu

Les examens approchent, l’année scolaire se termine enfin pour Peipei, jeune aspirante artiste d’un lycée du Henan, province pauvre de la Chine. Délaissée par sa famille, souffre-douleur de ses camarades comme de ses professeurs, cette « fleur sauvage » ne s’est jamais accommodée aux règles de l’institution et peine à trouver sa place.

 

Dans le noir • Noelia NICOLAS CAPARROS

Un jeune homme chez lui avec ses chats et ses espoirs. Après une période en prison, il tente de reprendre pied dans la vie. Il est là dans son appartement, volets fermés, dessins et écritures habillent ses murs. « J’étais un an en prison… Maintenant ça va, j’ai des amis et je préfère rester dehors, mais au début je serais bien retourné dedans ».

 

Svyato • Victor Kossakovsky

Deux ans durant, Victor Kossakovski a gardé son fils Svyato de tout contact avec un miroir. Un jour, une grande glace est placée dans sa chambre. Le garçonnet joue dans le couloir non loin de là, encore inconscient de la découverte qui l’attend…

 

J’ai quitté l’Aquitaine • Laurent Roth

Au Cap-Ferret, deux maisons occupées de 1955 à 1980, bâties au début du siècle sur le même terrain… Vent-Debout et Les Pignadas sont deux villas presque jumelles dont les styles architecturaux se bouffent le nez depuis plus d’un siècle sur le bassin d’Arcachon. Le film raconte l’histoire de cette maison, les Pignadas, la mienne, vendue il y a près de vingt-cinq ans (une génération). J’ai l’impression que ce domaine perdu exprimait quelque chose de très rare, qui me constitue aujourd’hui, et j’ai voulu voir chez les autres membres de ma famille comment l’imaginaire de chacun avait travaillé sur cette perte. Cette envie de film est liée aussi à mon âge, c’est le film de la quarantaine lié au sentiment d’un paradis perdu, d’une page de ma vie, de mon enfance aujourd’hui révolue.

 

Gigi, Monica et Bianca • Yasmina Abdellaoui, Benoît Dervaux

Gigi est un adolescent rebelle, vagabond, chef d’une bande de gamins qui ont élu refuge dans la gare de Bucarest. Ils volent, se droguent, vivent au jour le jour, sans autre perspective. Dans leur groupe, il y a Monica, 15 ans, la copine de Gigi. Au cours du tournage, elle tombe enceinte et accouche d’une petite fille, Bianca. Sa naissance contrait le couple à changer de vie et à trouver un toit. Un événement qui propulse Gigi et Monica du monde des enfants vers celui des adultes, et de la ville vers la campagne.

 

Avant que les murs tombent • EVE Duchemin

Près de Charleroi, Colin vit seul avec sa mère dans une maison insalubre, qui s’effondre, chaque jour un peu plus. Face la misère, il écrit avec ses potes dans sa chambre, devenue pour l’occasion, une « maison de jeunes » improvisée et un lieu de production musicale. Du rap comme exutoire et comme nécessité. Tant que cette maison résiste, ils ne traîneront pas dehors. Tant qu’ils écrivent, ensemble, ils ne tomberont pas

 

Une pêche d’enfer • Bruno VINCENT

Au large des côtes africaines, on voit d’énormes chalutiers draguer les fonds marins. Ces chalutiers proviennent pour la plupart des pays du Nord : Japon, Etats Unis, et surtout Europe… Ils surexploitent les ressources halieutiques du Sénégal, laissant exsangues des milliers de petits pêcheurs de subsistance et vidant les mers. Un véritable drame national quand on sait que le poisson est l’aliment de base pour les Sénégalais.

 

Comme un seul homme • Jean-Louis Gonnet

Dans le huis clos d’un vestiaire, des rugbymen se livrent aux derniers rituels. Dans le silence ou le bruit des crampons, chacun se prépare à son rythme, au combat physique et mental qui s’annonce : le corps massé et protégé est prêt à l’affrontement, les muscles s’échauffent peu à peu. Tous les registres sont utilisés pour motiver les joueurs dans le discours d’avant match : solidarité, fierté sportive, inviolabilité du territoire, enjeu de la victoire… Avant d’entrer sur le terrain. Tourné au Racing club de Vichy.

 

Poids plume • Christophe Hermans

Robin est un jeune de garçon de dix ans qui vit dans la banlieue de Mons en Belgique. Il pourrait être un enfant comme les autres mais ce n’est pas le cas puisque Robin fait partir de l’élite de la gymnastique belge. Son frère aîné, Yohan, et sa sœur sont bien moins doués. Ses parents l’encouragent vivement et sa mère rêve de le voir sur la première marche des podiums internationaux.

 

Quelque chose des hommes • Stéphane Mercurio

Dans une mise en scène particulière, le photographe Grégoire Korganow provoque une rencontre surprenante « Père et Fils ». Pères âgés avec fils grisonnants ou jeunes pères avec bébés, ils sont invités à se rapprocher. Ainsi exposés, les hommes se dévoilent, aidés par les questions fines du photographe. Gênés ou confiants, expansifs parfois, ils parlent d’eux, d’eux deux. Pointillistes et délicats, ces instantanés de peau et de mots, livrent bien quelque chose des hommes.