PALMARÈS
35ème festival Traces de Vies
Jury Hors frontières et monde sensible
Grand prix - SOUDÉES (Welded together) / Anastasiya Miroshnichenko
Prix Hors frontières - LE GOÛT DU SUCRE / Thomas Loubière & Charlie Duplan
Prix de la création - LES RECOMMENCEMENTS / Isabelle Ingold & Vivianne Perelmuter
Jury Premier geste documentaire
Prix du 1er film - SHE / Parsifal Reparato
Mention spéciale - IL CASTELLO INDISTRUTTIBILE / Stefano La Rosa, Danny Biancardi & Virginia Nardelli
Prix des formations audiovisuelles - JAMAIS MIEUX / Léo Lillini
Mention spéciale - 32 ans à bord / Naomi Goldziuk
Jury Regard social
Prix Regard social - PETIT REMPART / Ève Duchemin
Mention spéciale - PÉPITES / Thierry Vallino & Xavier Saïki
Jury UCA des étudiant·es
Prix des étudiant·es - EX AEQUO
- JAVKHAA / Sidonie Jéggé
- MI OKKITIRI ADAMA / Mamadou Alpha Diallo
ARGUMENTAIRES DES JURYS
Soudées – Grand Prix
Jeune soudeuse biélorusse, Katya est tiraillée entre son besoin de réussir sa vie – ce qui autorise de puissantes immersions, de magnifiques séquences dans des aciéries post-soviétiques- et la loyauté vis-à-vis de sa mère qui l’a abandonnée, et maltraite à nouveau sa petite sœur. Personnage héroïque et romanesque, Katya n’abandonne jamais. On la suit de bout en bout, dans l’intimité de ses relations, avec ses amies, en famille, au centre social et à l’usine, où nous assistons à de merveilleuses scènes de consolation.
En plus de sa puissance documentaire – et le jury a été particulièrement sensible à cette dimension- Soudées se tient au bord de la fiction. C’est un film sur la responsabilité et le pardon, la solidarité ouvrière et le délabrement. Katy est une soudeuse qui passe sa vie à ressouder la vie qui se dessoude, dans un pays si loin, si proche de nous.
Les recommencements – Prix de la Création
C’est l’histoire d’Al Moon, un vieil indien d’une réserve de Californie qui entreprend un voyage réparateur d’Ouest en Est, à la rencontre de ses anciens compagnons d’armes qu’il n’a pas revu depuis la guerre du Vietnam, il y a presque cinquante ans. Les recommencements est un road-movie qui inscrit ses pas dans la grande fiction américaine du recommencement – toujours reprendre la route pour changer de vie ou refaire le point sur soi – c’est un aussi un film hanté par les fantômes de tous ces films américains qui, de L’Epouvantail à Route One de Robert Kramer en passant par les raisins de la colère et Thelma et Louise, ont fait de la route lieu d’un trajet existentiel où l’intime et les espaces grandioses finissent par entrer en résonnance. Comme tout road movie, Les recommencements obéit à un double mouvement, que les réalisatrices Isabelle Ingold et Vivianne Perelmute, saisissent avec finesse et maîtrise : c’est à la fois une avancée dans l’espace et un retour sur soi, l’occasion de rencontres avec des bouts d’un peuple toujours menacé d’atomisation. Le travail formel du film, loin d’étouffer l’humanité du personnage, la révèle au fil des kilomètres. Au fond, les recommencements est un film qui nous rappelle qu’il n’y a d’avenir qu’à condition d’une résolution du passé, et peu importe qu’il s’agisse d’une guerre, d’une blessure intime ou collective. Et c’est vrai pour les hommes comme pour les saumons.
Le goût du sucre – prix Hors Frontières
Kasshro était un combattant kurde. Il a lutté contre Daesh dans une Syrie en proie au chaos de la guerre. 5 ans après l’avoir rencontré dans son habit de peshmerga, en colère contre l’oubli que le monde impose au peuple kurde, les deux réalisateurs, Thomas Loubière et Charlie Duplan, reviennent le filmer après la fin de la guerre. Kasshro a jeté, et même rejeté, son habit de peshmerga. Avec ses fils, il récupère du plastique dans une décharge dantesque. Entre scènes de survie et vie familiale, ce film de cinéma direct nous propose une immersion dans le quotidien d’une famille kurde particulièrement attachante. De l’avenir du peuple kurde, il sera beaucoup question, sans qu’aucune réponse ne puisse y être apporté.
JAMAIS MIEUX – Prix des formations audiovisuelles :
Le jury premier geste a décidé de remettre ce prix à Jamais Mieux de Léo Lillini, un documentaire qui nous a beaucoup touché. Semblable à un uppercut de 22 minutes, son film nous apprend ce qu’est l’hyperactivité et le fait de vivre avec. Mais ça n’est pas seulement un film SUR l’hyperactivité, c’est surtout un film FAIT PAR un hyperactif. Parce que l’on rentre dans la tête de Léo, dans ses souvenirs mais aussi un peu dans son cœur. C’est drôle, touchant et triste à la fois. Nous tenons à saluer la forme très particulière de ce documentaire, – précisons que le réalisateur a presque tout fait seul – qu’on pourrait dire toute aussi hyperactive que ne l’est le fond. Un documentaire dont vous ne sortirez assurément pas indifférent.e.
32 ANS A BORD – Mention spéciale du prix des formations :
Nous souhaitons distinguer un film pour la justesse de son regard, pour sa maîtrise esthétique et formelle et pour l’immersion qu’il propose dans un quotidien rarement observé. Nous attribuons donc une mention spéciale au film 32 ans à bord de Naomi Goldziuk.
SHE – Prix du 1er Film professionnel
Nous avons décidé d’attribuer le prix du premier film professionnel à une œuvre qui nous a marqués, par la beauté de sa mise en scène, par le travail sur le cadrage et la lumière. Mais aussi (et surtout) par son sujet, par la condition de ces femmes obligées de quitter leur foyer, pour nourrir leur famille. Le travail éreintant, la solitude dans une chambre minuscule : l’immersion fait froid dans le dos. Mais n’est-elle pas essentielle pour garder les yeux ouverts ? Et il y a cette phrase prononcée par l’une des protagonistes, comme un remède placebo à la fatalité : « Tout est possible avec du courage ». Nous dédions ce prix aux courageuses et aux courageux croisés dans cette sélection. Le film, c’est She, de Parsifal Reparato.
IL CASTELLO INDISTRUTTIBILE – Mention spéciale du Prix du Premier Film documentaire :
Nous décernons une mention spéciale au documentaire Il Castello Indistruttibile de Virginia Nardelli, Danny Biancardi et Stefano La Rosa. Les trois réalisatrice et réalisateurs nous livrent un film lumineux sur Angelo, Mery et Rosy, trois enfants palermitains déjà si adultes mais qui refusent pourtant de grandir et qui observent le monde des adultes depuis une école abandonnée – qu’ils ont surnommé leur « chateau » – et dont ils ont fait leur quartier général. Dans cet espace protégé qu’ils ont nettoyé et décoré, leur parole et leurs jeux sont libres.
Le documentaire sert à plein de choses. Il sert notamment à raconter le réel dans ce qu’il peut avoir d’onirique. C’est ce que fait ce très beau documentaire qui nous apporte de la lumière dans cette époque pourtant si sombre.
MI OKKITIRI ADAMA et JAVKHAA – Prix Etudiants
« Le jury étudiant composé de Dorian, Maureen et moi-même Solène, a décidé de récompenser deux oeuvres que nous n’avons pas pu départager, si complémentaires par les thématiques abordées telles que la famille, la tradition et l’émancipation. Notre choix s’est donc porté sur Javkhaa de Sidonie Jéggé et Mi Okkititi Adama de Mamadou Alpha Diallo.
Javkhaa pour son regard mélancolique et sensible sur la fin de l’ère nomade en Mongolie, un regard non dénué d’espoir, de rêve. Mi Okkitiri Adama pour son authenticité et sa vision nouvelle d’un sujet aussi sensible qu’est le mariage forcé au Sénégal. Enfin, merci pour cette opportunité extraordinaire, une expérience riche et bienveillante remplie de rencontres enrichissantes. La sélection de documentaires était pertinente et tous ces films étaient de véritables Traces de Vies. Merci beaucoup à l’organisation de Traces de Vies et à l’UCA. »
