PALMARÈS 2020

JURY 1

• Christel CHABERT, réalisatrice
• Antoine DANIS, réalisateur
• Caroline SWYSEN, réalisatrice SCAM

KOUNACHIR
Vladimir KOZLOV

2019 – 71′ – Les Films du Temps Scellé

GRAND PRIX TRACES DE VIES
Doté par le Conseil Départemental du Puy-de-Dôme
3 000 €

Logo Puy de Dôme

« Mesdames, Messieurs, chers amis,
Je connais depuis longtemps le festival Traces de Vies.
J’ai déjà participé deux fois en 2007 et 2011 aux compétitions de Vic-le-Comte. Cette année, je suis très heureux et très fier d’en avoir remporté le Grand Prix. C’est merveilleux et très encourageant car en tant que réalisateur, on a toujours des doutes sur la qualité de ses œuvres. Je suis très touché car j’ai travaillé avec passion et amour pendant plusieurs années sur Kounachir. Il a fallu 7 ans pour lui faire voir le jour.
La production de ce film a été extrêmement difficile à chaque étape : Recherche de financement, tournage, montage.
Avec mon producteur David Foucher, nous avons réuni un budget modeste qui nous a permis de faire ce film.
Les îles Kouriles, au bout du monde, sont très difficiles d’accès. Elles se situent en face du Japon, dans la zone frontalière interdite aux étrangers et observées discrètement par le FSB, la police secrète russe.
Ce conflit non réglé des Kouriles entre Russes et Japonais n’est pas très connu dans le monde, loin des radars de l’actualité…
Je tiens à remercier avant tout le comité de sélection du festival Traces de vie, sa directrice artistique Madame Annie Chassagne, toute l’équipe du festival, ainsi que l’association des Amis de Traces de Vies.
Je remercie également le jury du festival qui m’a décerné le Grand Prix.
C’est un grand honneur et une grande joie pour moi !
J’ajoute enfin que j’envisage un deuxième film sur ce sujet car dès le début j’avais en tête une dilogie, avec un deuxième volet pour présenter les revendications japonaises sur les Kouriles depuis Nemuro, ville japonaise située à 15km face à Kounachir.
Si un jour ce projet se réalise, je serai heureux de le proposer au festival Traces de Vies qui, j’espère, retrouvera un déroulement normal, avec des rencontres avec des professionnels et l’équipe, des débats entre étudiants et publics, des repas en commun et la fête à Vic-le-Comte !
Merci ! Spassibo !
Vladimir Kozlov »

Sur l’Île de Kounachir, terre russe en sursis, jonchée de déchets, de maisons désespérées et de chars fantoches, le regard de Vladimir KOZLOV, tel un esprit flottant, capte avec une puissance et une simplicité troublantes la poésie inaltérable de l’âme humaine face à la vacuité d’un pouvoir absurde et obstinément destructeur.

Son film s’enroule autour de la quête délicate d’hommes russes insolites, solitaires, mais libres, exhumant inlassablement avec leur pelle les vestiges envoûtants et la mémoire du peuple japonais exilé avec une insondable violence par l’armée rouge en 1946.

Cette construction à la fois sobre et mystérieuse, ranimant des photos d’archives bouleversantes au cœur des traces minérales gravées de signes, dévoile peu à peu que les Japonais n’ont en fait jamais quitté les lieux.

Il apparaît dans le film – alors qu’aucun traité de paix n’a pu être signé depuis 75 ans – qu’une alliance réparatrice et harmonieuse entre les deux peuples est profondément espérée. Peut-être l’œuvre secrète des Aïnous, ethnie russo-japonaise amie de la forêt et de l’homme aux chiens…  

Qui sait, le film de Vladimir KOZLOV pourrait contribuer à un avenir pour les Îles Kouriles, c’est parfois la force magique du cinéma et la raison d’un Grand Prix.

MOSHTA
TALHEH DARYANAVARD

2019 – 59’- Les Productions du Verger

PRIX « HORS FRONTIÈRE »
Doté par le Conseil Régional Auvergne-Rhône-Alpes
2 000 €

Logo Région Auvergne Rhones Alpes

« Je tiens à remercier l’équipe du festival Traces de vies d’avoir donné l’occasion à mon film Moshta d’exister et ce malgré ces moments particulièrement difficiles pour la culture. Bravo à vous d’avoir réussi à maintenir le festival. C’est franchement touchant pour nous de savoir que la vie continue. Merci. Ça nous fait du bien. 

Puis aussi un tout grand merci au jury d’avoir décerné le Prix Hors Frontières à Moshta. Je ne m’y attendais vraiment pas surtout dans ces périodes ou on est tous préoccupés par le présent et où nous avons du mal à nous projeter. J’ai été très heureux que le film soit vu même en ligne mais être récompensé avec un prix en plus m’a beaucoup touché et était inespéré.

Merci encore et j’espère à bientôt pour des projections sur des grands écrans. »

Les plans sont lents, les hommes sont simples, la mer rythme leur vie depuis des temps immémoriaux. La lumière scintillante les baigne de sa clémence, ainsi que la foi en leur dieu. Le moshta, piège ancestral à poissons, les nourrit. Puis c’est la fin. Le film raconte cette mutation.

Peu à peu, le piège, à double sens, se referme sur eux, sur nous. Plus de poissons, action dévastatrice des chalutiers étrangers. Les hommes en parlent, ils rient, ils sont beaux, le visage sculpté par le travail et la sérénité de l’acceptation.

Le film de Talheh DARYANAVARD est mélodieux, une mélodie triste et inexorable. Des plans parfois très larges où l’on distingue à peine les humains expriment magnifiquement la force du destin. Ce rythme lent accompagné d’une bande son constante, douce, liquide renforce ce profond sentiment de fatalité propre aux peuples de l’Orient embrassant leur terre à la fin de la prière.

Le moshta, filmé au plus près, incrusté d’algues séchées, de coquillages, traversé par une houle légère, nous devient familier. Et le voir arraché est profondément émouvant.

C’est peut-être dans cette émotion nouvelle mais définitive que réside la force universelle de ce film racontant la fin d’un monde, de notre monde. Un prix Hors Frontières sans conteste.

come il bianco
alessandra celesia

2020 – 19’ – Local Films

PRIX DE LA CRÉATION
Doté par la Ville de Clermont-Ferrand
1 500 €

Logo Clermont-Ferrand

Quel drame est plus grand que la mort de son enfant ? Avec son film, Alessandra CELESIA nous fait entrer dans la béance ouverte par la disparition de l’être aimé et la douleur, immense, inconsolable d’Adriana, mère endeuillée. Comment communiquer avec l’être disparu ? Comment ne pas sombrer ? Adriana peint, Adriana écrit, et ouvre malgré la douleur un chemin possible vers la vie.

Come il bianco, comme le blanc de la robe de l’enfant perdu, comme le blanc des fumées du Vésuve, comme le blanc des peintures des maîtres, comme le blanc qui contient aussi toutes les couleurs du monde… Alessandra CELESIA construit, tout en délicatesse et poésie, un espace cinématographique hanté par la disparition, par l’incommunicabilité, aux frontières de la vie et la mort, entre les ténèbres et la lumière. Par ses cadres et son montage, mais aussi en introduisant un personnage énigmatique – mi-réel mi-mythologique, elle nous donne à percevoir l’indicible.

« Dans nos ténèbres, il n’y a pas une place pour la beauté. Toute la place est pour la beauté. » disait René CHAR. Come il bianco est le film le plus court de la sélection, mais incontestablement, le plus beau et le plus inventif.

LES BELLES DAMES
MARION LIPPMANN & SÉBASTIEN DAGUERRESSAR

2019 – 60′ – Babel Doc

MENTION SPÉCIALE

 

« Merci au Festival Traces de Vies pour l’attribution de la “mention spéciale du Jury”. Nous sommes très heureux d’avoir participé à ce rendez-vous culturel qui permet à de nombreux documentaires de vivre, d’être vus et partagés auprès du public. Nos Belles Dames nous ont fait vibrer, rire et pleurer lors des tournages dans leur maison de retraite. Nous nous réjouissons à l’idée qu’elles puissent émouvoir tous ceux qui voient le film, et peut-être changer le regard que nous portons sur la vieillesse. Dans un contexte plutôt morose pour elles en ce moment, ce prix leur redonnera sans aucun doute le sourire ! »

Un beau salon élégamment meublé. Des dames distinguées, très âgées, dignement assises dans des fauteuils cossus. L’atmosphère est délicate, feutrée. La maison Dosne a été créée en 1909 dans le 16ème arrondissement à Paris pour accueillir « les dames du monde en revers de fortune », puis les veuves d’officiers.

Marion LIPPMANN est la petite fille de Martine, 92 ans, une grand-mère chic, vive, à la fois espiègle et réservée. La jeune réalisatrice a confié à sa belle voix grave et patinée par le temps le récit de cette histoire déroulant aussi celle du 20ème siècle. Ce lien privilégié entre les deux générations est la matrice du film.

La caméra de Sébastien DAGUERRESSAR déambule, aérienne, au diapason de l’écho silencieux des codes implicites ici en vigueur, retenue, tenue, émotion voilée. Mais le voile de ces jeunes mariées après-guerre se soulève délicatement pour la petite fille de Martine et livre les espoirs, les contraintes, les plaisirs, les flirts de jeunesse, le mari choisi, ou pas. Beaux visages ridés et maquillés, yeux brillants, demi-sourires élégants, belle chevelure neigeuse, photos d’un autre temps, le travail de Marion Lippmann révèle et dessine subtilement un milieu peu connu et une génération en partance.  Son film est déjà une archive précieuse.

Construit avec rigueur et douceur, ce premier documentaire a donc retenu notre attention avec le désir de lui attribuer une Mention Spéciale. 

JURY 2

• Martine DEYRES, réalisatrice
• Cathy GERY, co-directrice et programmatrice de salle de cinéma
• Thomas MICOULET, producteur

ASWANG
ALIX AYN ARUMPAC

2019 – 84’ – Les Films de l’œil sauvage / Stray Dog Productions / Razor Films Produktion GmbH / Cinematographica

PRIX DU PREMIER FILM PROFESSIONNEL
Doté par la Ville de Vic-le-Comte
1 500 €

Logo Vic le Comte

A Manille, sous couvert de lutter contre la drogue, les nuits sont assassines. Depuis l’arrivée au pouvoir du président Duterte, la police locale mène une guerre sauvage contre les pauvres et les drogués qu’ils soient hommes, femmes ou enfants alors que les vrais trafiquants ne sont pas inquiétés.

Nous avons été saisis par ce film d’une grande maîtrise cinématographique. Nous tenons à saluer le travail du montage qui a su donner au film toute sa force et sa justesse, en articulant intelligemment les questions de l’intime et du politique. Nous tenons à saluer également le travail des producteurs qui ont permis d’accompagner les ambitions de la réalisatrice à hauteur de son talent. 

Un film courageux et nécessaire.

NO CRYING AT THE DINNER TABLE
CAROL NGUYEN

2019 – 16’ – Concordia Film School

PRIX DES FORMATIONS AUDIOVISUELLES
Doté par la MAIF
800 €

MAIF

Un portrait de famille émouvant dont le dispositif de mise en scène, simple et habile, permet d’aborder des questions universelles, tels que l’héritage culturel, l’amour filial, et la perte d’un être cher, sans sortir du huis-clos de la cuisine familiale !

Par son point de vue, tout à la fois, frontal et délicat, la réalisatrice entraîne personnages et spectateurs au plus proche d’une intimité jamais impudique où l’expression des sentiments affleure dans la plus grande dignité.

JURY 3

• Thomas RABANY, mandataire UDAF
• Ludovic RIGONNET, agent d’accueil UDAF
• Ketty RIOS PALMA, réalisatrice

CELLE QUI MANQUE
RARES IENASOAIE

2020 – 87’ – Société Acéphale

PRIX REGARD SOCIAL
Doté par l’UDAF 63
1 500 €

nouveau-logo-udaf63

« Un grand merci à toute l’équipe du festival Traces de Vies et aux membres du jury, Ketty Rios Palma, Ludovic Rigonnet et Thomas Rabany pour ce prix. Il résonne pour moi comme un encouragement à chérir, malgré les obstacles, la relation à l’autre. Une pensée particulière pour tous ceux dont la solitude est aujourd’hui décuplée par un isolement imposé. » 

« Celle qui manque » est la sœur de Rares Ienasoaie qui a choisi il y a plusieurs années de couper les ponts avec sa famille et de vivre dans son camion.

Un film coup de poing dans lequel le réalisateur parvient à montrer l’invisible en nous plongeant dans la noirceur intime de ce huis-clos fraternel.

Ces instants partagés avec sa sœur, toxicomane, leur authenticité parfaitement rendue au travers du regard cru dont nous sommes les complices en font un film radicalement humain.

AHLAN WA SAHLAN
LUCAS VERNIER

2020 – 94’ – L’atelier documentaire

PRIX DE LA DIVERSITÉ
Doté par le CGET
2 000 €

Préfet de la région Auvergne Rhône Alpes
Ministère chargé de la ville et du logement

Sur les traces de son grand-père, méhariste dans l’armée française en Syrie, Lucas Vernier nous embarque dans un road movie passionnant à la rencontre d’un peuple, de sa mémoire et de son humanité alors qu’il va être ravagé par la guerre.

L’humilité du traitement apporté à des images qui ont la force du témoignage historique nous permet d’avoir un regard sur le passé, le présent et le futur d’hommes et de femmes, et sur les relations fortes qui peuvent se nouer entre de supposés étrangers.

JURY
ÉTUDIANT

• Naéva BEREAU-BAUMANN, étudiante en Master 2 en Histoire
• Mayssane BENHADID, 
étudiante Licence 2 de Psychologie
• Charlotte FEUILLADE, étudiante en Master 1 de Droit Social

407 jou
ÉlÉonore coyette

2020 – 7’ – BDHH

PRIX UCA DES ÉTUDIANTS
Doté par l’Université Clermont Auvergne 
1 000 €

Logo Université d'Auvergne

407 Jou suit le récit d’un artiste haïtien fasciné par les marionnettes. Ce film fait preuve d’une grande originalité en utilisant les créations de l’artiste pour conter son histoire.

Ici, l’art est au service de l’engagement et les injustices subies par le narrateur suscitent indéniablement l’empathie. Le mélange entre des décors naturels et ceux créés par l’artiste sont harmonieux et donnent de la profondeur au récit.

Ce film conte avec beaucoup de grâce et de délicatesse un parcours douloureux. Le jury l’a trouvé très touchant et reste admiratif du travail créatif réalisé.

ASWANG
ALIX AYN ARUMPAC

2019 – 84’ – Les Films de l’œil sauvage / Stray Dog Productions / Razor Films Produktion GmbH / Cinematographica

MENTION SPÉCIALE

Pour ceux qui n’ont pas encore eu le plaisir de le visionner, ce film documentaire témoigne de la macabre lutte anti-drogue menée par le président Duterte aux Philippines. Depuis 2016, ce sont environ 20 000 personnes qui sont décédées des conséquences de sa politique.

En récompensant Aswang, nous aimerions ainsi souligner le mérite et le courage de la réalisatrice, qui s’engouffre sans hésiter dans les rues de Manille, menant un véritable travail de terrain, sans filtre. Les séquences sont uniques, instructives et touchantes, qu’il s’agisse de celles filmées lors des enterrements, pendant les manifestations ou encore dans un commissariat accusé d’enlèvements.

Injustice, douleur, pitié, frustration et colère sont largement suscités tout au long du visionnage. Le jury n’est pas ressorti indemne de la séance.

PRIX DU
PUBLIC

Notre public, fidèle et nombreux, a primé le film suivant :

AHLAN WA SAHLAN
LUCAS VERNIER

2020 – 94’ – L’atelier documentaire

PRIX DU PUBLIC TRACES DE VIES
Doté par Traces de Vies
1 500 €

LOGO-TRACES_DE_VIE-COULEUR

Un voyage qui touche à plusieurs époques et qui nous livre une Syrie que nous ne connaissons plus. Le réalisateur part en 2009, avant la guerre actuelle, sur les traces de son grand-père qui fut méhariste et collectionneur de photos au temps du mandat français en Syrie. Qui se souvient encore de notre présence coloniale dans ce pays ?

Lucas VERNIER retrouve des familles qui ont connu son grand-père. Les rencontres sont très chaleureuses sous les tentes bédouines, dans le désert de Palmyre. Les récits du passé sont encore très habités par les anciens – émus, et la jeune génération est curieuse de cette transmission. C’est aussi son histoire.

Le cadre est plutôt prospère et l’atmosphère détendue. Puis c’est 2011, la révolution suivie d’une féroce répression. Le réalisateur recherche des familles, en retrouve certaines en Jordanie, en Turquie, exilées. L’accueil est cependant toujours bienveillant. Devant les ruines d’un pays, l’on en vient parfois à oublier qu’il y eut une vie, des bonheurs et des visages sereins.